L’ESPRIT CRITIQUE, SEUL REMPART CONTRE LA MANIPULATION DES URNES PAR LE BIG DATA ?

Un article paru dans le n° 1376 de Courrier International soulève un voile d’ombre qui jusqu’à présent masquait les tenants de l’utilisation du big data non pas comme argument commercial mais bel et bien comme outil de manipulation politique de masse.

Cet article originellement publié dans The Observer rend compte d’un vaste maillage entre technologies avancées, traitement de données et idéologies qui pousse des groupes de personnes à influer de façon non réglementée sur l’opinion publique en s’accaparant le monopole de l’information de façon semi-artificielle.

La méthode utilisée par le milliardaire Robert Mercer et le stratège de la Maison Blanche Steve Bannon est la suivante : utiliser les données des utilisateurs des médias sociaux (Facebook, Twitter) afin de comprendre leurs émotions et modéliser la masse des potentiels électeurs afin d’obtenir une information précise sur la façon dont les gens votent. Grâce à ces modèles de probabilité, il est donc possible d’identifier une fenêtre de tir dans laquelle s’engouffre des sites web et comptes Twitter et Facebook qui vont chercher à créer artificiellement des « sujets tendance » et orienter de ce fait la vision de la réalité des citoyens.

Mais comment peut-on réussir une telle main-mise sur la psychologie et les comportements humains ?

Il faut disposer de moyens techniques très élevés et d’un vaste réseau de collaborateurs humains et artificiels. C’est là qu’entre en jeux une entreprise d’analyse de données : Cambridge Analytica, filiale de la société britannique SCL Group. Celle-ci est spécialisée dans les « stratégies de gestion électorales » et les « opérations de communications et d’information ».

L’article paru dans The Observer rapporte les propos d’Andy Wigmore. Il parle de « profilage bio-psycho-social » une méthode qui « se fonde sur les attributs physiques et mentaux et sur le style de vie pour calculer la façon dont les gens fonctionnent, comment ils réagissent émotionnellement» .

Une fois ce profilage efficacement mis en place il est donc très facile de cibler et de manipuler l’opinion publique à force de sites web colportant des informations à fort contenu émotionnel et de « sujets tendance » crées par des bots, « des logiciels [ fonctionnant de manière autonome et automatique] conçus pour ressembler à des personnes, agir comme des personnes et orienter les conversations […] ».


Cette nouvelle stratégie de propagande est complexe et visiblement très efficace comme le démontre les éléments recueillis par la journaliste Carole Cadwalladr dans son papier publié par The Observer. Non seulement il existe des preuves de l’activité des bots et de myriades de sites web dont le seul but est de véhiculer des avis favorables à Donald Trump aux Etats-Unis, mais le même phénomène à été observé par l’unité Propagande informatique de l’Oxford Internet Institute autour de la campagne du référendum pour le Brexit.


Le danger réside probablement, comme l’indique la journaliste, en la masse de bots « dormants », ces faux comptes Facebook et Twitter qui peuvent être réactivés et envahir la toile pour occulter totalement toute source d’information alternative.


Se pose alors la question du danger que peut représenter la généralisation de ce type de stratégie électorale, défiant l’essence même de la démocratie, la liberté d’information, laissant les citoyens extrêmement vulnérables, sans réel recourt, excepté peut être celui de l’éducation et de la réflexion, du développement de l’esprit critique et d’une plus grande conscience de la réalité subjective que le monde virtuel cherche à supplanter au point de créer de toute pièce des masses « d’individus » façonnant notre comportement à leur image.


I.S


Sources:

Courrier International n°1376 du 16 au 22 Mars 2017

http://www.courrierinternational.com

http://www.courrierinternational.com/article/enquete-qui-est-lhomme-au-coeur-de-la-propagande-pro-trump

The Observer

http://www.observer.co.uk

https://www.theguardian.com/politics/2017/feb/26/robert-mercer-breitbart-war-on-media-steve-bannon-donald-trump-nigel-farage

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